Crise de 2008, retraites volées, médias achetés… comment la finance a capturé l’État français
Et si on nous avait tout retourné ?
On nous répète que les retraites coûtent trop cher, que les hôpitaux plombent les comptes, que les Français vivent au‑dessus de leurs moyens. On connaît la chanson.
Sauf que d’autres voix racontent une histoire totalement différente. Elles parlent d’un vol massif en 2008, quand l’État a vidé les caisses pour sauver des banques en faillite. L’écrivain Pierre Jovanovic décrit cette bascule dans ses livres, notamment sur la crise et la planche à billets, édités chez des maisons indépendantes que l’on trouve encore via certains libraires en ligne ou des interviews sur la revue Nexus.
Ensuite, les mêmes banques se seraient emparées d’une grande partie des médias et des leviers politiques. Pour verrouiller le récit. Pour transformer un gigantesque sauvetage de la finance en prétendue “dérive des dépenses publiques”.
On commence avec la crise de 2008. Puis on regarde comment les banquiers, les milliardaires et certains dirigeants ont pris la main sur l’information. Enfin, on voit ce que Jovanovic annonce pour la suite… et surtout ce qu’on peut apprendre de tout ça.
2008: le jour où les retraites ont sauvé les banques
Pour Jovanovic, tout démarre vraiment en 2008. Les subprimes explosent. Les produits financiers montés par Wall Street partent en fumée. Des livres comme La Faillite de la finance mondiale ou La Vengeance de la planche à billets détaillent ce mécanisme, en s’appuyant sur des rapports officiels et sur des enquêtes, qu’on retrouve évoqués dans des analyses comme celles de Alternatives Économiques.
Derrière les chiffres, il y a une idée simple. Selon lui, les cotisations de retraite, épargnées pendant des décennies, servent de matelas pour sauver des banques bourrées de produits toxiques. Il affirme que Nicolas Sarkozy, sous la pression américaine, mobilise des centaines de milliards pour renflouer le système bancaire, alors que la population ne comprend pas encore l’ampleur du désastre.
Il rappelle aussi que les médias de l’époque minimisent le danger. Certains “experts maison” affirment que la crise reste surtout “psychologique”. Dans le même temps, des documents parlementaires américains montrent comment le plan de sauvetage, le fameux TARP de 700 milliards de dollars, s’impose comme un fait accompli. On peut encore lire des traces de ces débats dans les archives du Congrès ou dans les bilans de la crise accessibles via des analyses comme celles de la Brookings Institution.
Résultat: les banques survivent, les dirigeants gardent leurs bonus, et des millions de gens perdent leurs maisons et leurs emplois. Des films comme The Big Short, adaptés du livre de Michael Lewis publié chez W.W. Norton, donnent une version romancée mais très proche de ce que Jovanovic décrit: un système qui gagne, même quand tout le monde perd.
Pour lui, il ne s’agit pas d’un accident. Il parle d’une escroquerie mondiale. Une opération coordonnée entre grandes banques américaines, agences de notation et dirigeants politiques. Il insiste aussi sur un point: à la différence des crises précédentes, pratiquement aucun grand banquier ne finit en prison.
Médias, banques et milliardaires: la fabrique du récit officiel
Après la crise de 2008, le décor médiatique bascule. Les mêmes acteurs qui dominent la finance renforcent leur emprise sur l’info : banques, groupes d’assurance et milliardaires prennent des parts dans des journaux, des radios, des chaînes. Des enquêtes sur la concentration, comme celles de l’INA ou de l’Acrimed, montrent comment quelques groupes pèsent de plus en plus lourd dans le paysage.
En France, des banques de détail deviennent même des acteurs majeurs de la presse régionale. Le Crédit Mutuel, via le groupe EBRA, contrôle par exemple une large partie des quotidiens de l’Est, comme l’ont documenté Les Échos et d’autres titres. Ce mouvement permet de verrouiller l’angle des sujets économiques : on parle de dette publique, mais rarement du coût réel des sauvetages bancaires.
En parallèle, une poignée de grands patrons contrôle l’essentiel des médias nationaux. Des travaux d’Attac ou d’Oxfam, ainsi que le documentaire Média Crash, montrent qu’une dizaine de milliardaires possèdent l’essentiel de la presse, de la télé et d’importantes radios. Quand un industriel détient un média, il choisit plus facilement les thèmes prioritaires, les invités et les lignes rouges à ne pas franchir.
Le contrôle ne s’arrête pas là. Avec la montée des plateformes, la bataille se joue aussi sur les réseaux sociaux, la tech, les infrastructures. Des révélations sur l’usage de données personnelles, sur les liens entre grandes plateformes et agences de renseignement, nourrissent l’idée d’une censure plus discrète : on ne bâillonne pas frontalement, on déréférence, on démonétise, on limite la portée.
Au fil des années, le récit dominant se durcit. La crise serait “derrière nous”. Les vrais responsables se font oublier. À la place, on désigne d’autres coupables : les “boomers”, les hôpitaux qui coûteraient trop cher, les “assistés”. Le regard se détourne des bilans bancaires et se fixe sur ceux qui subissent le système.
Ce que l’on vit aujourd’hui… et ce qui se prépare
Pour comprendre son analyse du présent, il suffit de regarder les symptômes qu’il répète depuis des années. Il suit par exemple les listes de licenciements, les faillites, les plans sociaux. Selon lui, ce sont les seuls chiffres qu’on ne peut pas maquiller facilement. Quand les tribunaux de commerce débordent, la réalité explose.
Il relie directement la crise de 2008 à la montée des mouvements comme les Gilets jaunes. Pour lui, ces révoltes expriment la colère de ceux que la mondialisation financière a sacrifiés. Des travaux de sociologues, publiés par exemple aux éditions du Seuil ou de La Découverte, confirment qu’une grande partie de ces manifestants vient des territoires qui ont le plus subi désindustrialisation et baisse du niveau de vie.
Sur le plan international, il voit aussi la main de la finance dans les grandes décisions géopolitiques. Il cite par exemple le rôle du système de paiement SWIFT, utilisé comme arme contre des États jugés indociles. Cet usage du dollar et des réseaux bancaires comme instruments politiques a été largement documenté dans des ouvrages comme Le piège de la mondialisation ou dans des rapports de think tanks spécialisés en géoéconomie.
Et pour demain ? Jovanovic ne cache pas qu’il voit venir une nouvelle vague. Une dette publique de plus en plus lourde. Des intérêts qui grimpent. Des services publics asphyxiés. Il prédit une forme de mise sous tutelle du pays par des organismes internationaux, sur le modèle de ce qui est arrivé à la Grèce. Des analyses sur le rôle du FMI et de la Banque mondiale, accessibles via des dossiers de la CADTM, montrent que ce scénario ne vient pas de nulle part.
Selon lui, la vraie explosion n’arrivera pas sur un plateau télé, mais quand les gens ne pourront plus remplir le frigo ni retirer de l’argent. Tant que la majorité tient encore juste un peu, les élites gagnent du temps. Mais la colère reste là, sous la surface.
Les leçons à tirer pour ne plus se faire tondre
Tout ça peut sembler très sombre. Pourtant, il y a aussi une part de lumière dans ce récit. D’abord, ces informations existent. Des livres, des archives, des rapports parlementaires, des enquêtes indépendantes racontent déjà une autre version de la crise. On peut encore les lire. On peut encore les partager.
Ensuite, les solutions que Jovanovic avance ouvrent un vrai débat. Il parle de nationaliser les banques de dépôt, comme l’avait fait le général de Gaulle. Il propose d’interdire aux banques et aux grands groupes d’acheter des médias. Il souhaite la fin des subventions publiques aux journaux qui servent surtout de vitrine au pouvoir. Ces idées paraissent radicales, mais certaines circulent aussi dans des cercles académiques ou militants, par exemple dans des essais édités chez Les Liens qui Libèrent ou La Fabrique.
Enfin, cette histoire nous rappelle une chose simple: la crise, ce n’est pas seulement une question de chiffres. C’est une question de pouvoir et de récit. Si on laisse quelques banques et quelques milliardaires écrire seuls l’histoire, on se retrouve toujours dans le rôle des coupables. Mais si on multiplie les sources, les médias indépendants, les enquêtes critiques, on change déjà quelque chose.
En choisissant de lire ce genre d’enquête, de soutenir des revues non alignées, de vérifier les chiffres par soi‑même, on sort un peu du piège. On ne renverse pas le système en un clic. Mais on reprend une chose essentielle: la capacité de comprendre ce qui se joue, et de ne plus accepter, sans broncher, qu’on nous présente un vol organisé comme une fatalité budgétaire.



