Une colère qui couvait depuis longtemps
À Madagascar, la jeunesse en a eu ras-le-bol des coupures d’eau et d’électricité. Douze heures sans courant, parfois plus, ça détruit le quotidien et ça use la patience. Le mouvement « Leo délestage » naît alors sur les réseaux, porté par la Gen Z malgache décidée à sortir dans la rue pour se faire enfin entendre.
Le 25 septembre 2025, la manifestation démarre à Antananarivo malgré l’interdiction. Les forces de l’ordre déploient un gros dispositif, officiellement pour éviter les débordements. Pourtant, la journée se termine en gaz lacrymo, blessés, rues en flammes. Quand la nuit tombe, un autre scénario commence.
La nuit des pillages: chaos spontané ou opération écrite d’avance ?
La version officielle parle de pillage spontané, né du désordre et de la colère. Mais les vidéos filmées par les habitants racontent une histoire plus troublante: premiers saccages en fin d’après-midi dans un supermarché, puis attaque d’un grand centre commercial, avec des groupes déjà équipés pour forcer rideaux métalliques et vitrines.
Pendant que la capitale flambe, le président quitte discrètement la scène. Il part du palais en hélicoptère vers une île de l’est, puis rejoint La Réunion à bord d’un avion militaire français, avant de s’envoler vers Dubaï dans un jet privé. Le mot “exfiltration” s’impose dans les médias, pendant que la population reste seule face au chaos.
Et si les pillards n’étaient pas ceux qu’on croit ?
Sur plusieurs vidéos tournées la nuit du 25 septembre, un détail dérange. Devant certains magasins, des véhicules de gendarmerie passent calmement alors que des gens sortent avec des marchandises volées. Personne n’intervient, personne ne tente de bloquer les accès, comme si tout cela ne les concernait pas.
Plus au sud de la capitale, sur un grand site d’entrepôts, d’autres images montrent des hommes armés encadrant un pillage massif. Des témoins anonymes décrivent des agents qui auraient neutralisé les vigiles, ouvert les grilles, puis laissé des groupes vider les stocks avant de revenir avec un camion pour tout emporter et mettre le feu aux lieux. Là, on ne parle plus d’inaction. On parle d’une opération menée avec méthode.
Des pillages “ciblés” et des coïncidences qui interrogent
Le chef de l’État parle lui-même de pillage ciblé. Sur ce point, les faits lui donnent raison, mais pas comme il l’entend. Une grande partie des commerces attaqués appartiennent à des familles de la communauté indo-malgache: supermarchés, galeries, dépôts stratégiques. Pendant ce temps, certains groupes économiques liés au cercle du pouvoir semblent miraculeusement épargnés, alors qu’ils se situent au cœur des zones touchées.
Des internautes malgaches ont analysé des heures de vidéos et recoupé les lieux attaqués. Leur travail montre un schéma troublant: mêmes types de cibles, mêmes méthodes pour ouvrir les sites, présence répétée de forces de l’ordre autour de certains pillages. Rien ne permet de prouver noir sur blanc qui donne les ordres, mais l’alignement des faits ressemble plus à une stratégie qu’à un simple hasard.
Quand le peuple filme, la vérité finit par remonter
Malgré tout, cette histoire porte aussi une lueur d’espoir. Il y a quelques années, le pouvoir contrôlait presque entièrement les images et le récit. En 2025, des citoyens armés de leurs téléphones ont documenté la nuit, scène après scène, et gardé des preuves que personne ne pourra effacer facilement. Des médias indépendants et des observateurs extérieurs commencent maintenant à les examiner sérieusement.
La leçon est simple: plus les citoyens s’informent, filment, partagent et recoupent, plus les manipulations deviennent difficiles. Cette crise montre que le vrai pouvoir ne se trouve pas seulement dans un palais ou dans un hélicoptère, mais aussi dans chaque témoin qui ose dire « voilà ce que j’ai vu ». À Madagascar comme ailleurs, cette prise de conscience peut devenir un point de départ pour plus de justice, plus de transparence… et moins de mensonges d’État.