Marcus Garvey ou Haïlé Sélassié: le prophète noir qu’on a oublié

Le but de cet article n’est pas de douter des croyances des rastafaris. C’est de prendre conscience de ce qui aurait pu changer si Garvey avait été écouté comme Sélassié l’a été. Une économie noire indépendante, une vraie souveraineté, plutôt qu’un symbole religieux. Voilà ce qui mérite réflexion.

Marcus Garvey vs Haïlé Sélassié: le vrai prophète noir qu’on a oublié (et pourquoi l’empereur éthiopien, franc-maçon et allié de l’Europe, a pris sa place alors qu’il était un tyran responsable de famines)

On vous parle de prophètes noirs. De Marcus Garvey. De Haïlé Sélassié. Mais qui était vraiment le prophète ? Qui a vraiment fait des prouesses ? Qui a vraiment aidé les Noirs ? Garvey a eu les idées. Sélassié a eu le pouvoir. Garvey a été déporté. Sélassié a été divinisé. Mais pourquoi ? Qui a vraiment mérité le titre de prophète ? Et qui a vraiment trahi les Noirs ?

Cet article ne prend pas parti. Il montre. Il révèle. Il vous donne les clés pour comprendre par vous-même. Parce que l’histoire de Garvey et Sélassié, c’est complexe. Et parce que la vérité mérite qu’on prenne le temps de regarder qui a vraiment aidé les Noirs… et qui a vraiment trahi.

Marcus Garvey : le vrai prophète noir (1887-1940)

Marcus Mosiah Garvey naît en Jamaïque en 1887. Il devient le fondateur du panafricanisme et du « Back to Africa ». Il fonde l’UNIA (Universal Negro Improvement Association). Des millions de membres. Un journal, The Negro World. Une vision : le retour des Noirs en Afrique. Une prophétie : « Look to Africa, when a black king shall be crowned for the day of deliverance is near! » Les rastafaris interprètent ça comme Haïlé Sélassié. Mais Garvey n’a jamais explicitement désigné Sélassié. Il parlait d’un roi noir en général. Pas d’un empereur précis. Considéré comme un prophète par les rastafaris (surnom « The Black Moses »). Source : Wikipedia Marcus Garvey, Transatlantic Cultures Garvey.

L’influence sur Malcolm X et les Black Panthers

Le père de Malcolm X est un adepte convaincu de Garvey. Malcolm X dit : « the image of [his father] that made me proudest was his crusading and militant campaigning with the words of Marcus Garvey ». Garvey enseigne aux Noirs de se lever et de penser par eux-mêmes. Influence sur les Black Panthers, le Black Arts Movement. Garvey prône l’indépendance noire, l’autosuffisance. Pas la soumission à un empereur. Source : PBS Malcolm X, Harvard Gazette Malcolm X.

Garvey et la franc-maçonnerie : une « franc-maçonnerie noire » pour l’indépendance économique

Garvey crée une franc-maçonnerie « nègre » au sein de l’UNIA. Les titres des responsables de l’UNIA (« grand chancelier », « chapelain général », « Potentate ») sont directement inspirés de ceux de la franc-maçonnerie « blanche » traditionnelle. Selon Mary Lefkowitz : « To a large extent, the UNIA was organized along Masonic lines: it had a significant benevolent function: It had a constitution based on the Masons’; it also had a ‘potentate,’ an potentate’s helmet closely resembled the ceremonial hat worn by Masons in special parades ». Garvey était membre de Prince Hall Freemasonry (franc-maçonnerie noire américaine). Mais il quitte la franc-maçonnerie : « he was always too busy, so the connection dropped », selon Amy Jacques Garvey (sa femme). Garvey veut une organisation noire, indépendante, pas une copie de la franc-maçonnerie blanche. Source : Freemasonry Watch Garvey, UCLA Garvey UNIA.

L’UNIA : une organisation fraternelle inspirée de la franc-maçonnerie

L’UNIA est fondée en 1914 comme une organisation fraternelle (fraternal organization). La structure de l’UNIA ressemble à celle d’une nation-state avec des titres élaborés : Potentate, Supreme Deputy, President General, Secretary General, High Commissioner. Les chapitres UNIA opèrent librement au sein des confréries noires (black fraternities). Garvey veut créer une « nation dans la nation ». Une économie noire indépendante. Pas une copie de la franc-maçonnerie blanche. Source : Ohio Link UNIA structure, American Yawp UNIA.

Le projet de Garvey : la Black Star Line (1919-1922), une économie noire indépendante

Garvey fonde la Black Star Line en 1919, une compagnie maritime noire. Objectif : transporter des passagers et des marchandises entre l’Amérique, les Caraïbes et l’Afrique. Favoriser le commerce noir, l’indépendance économique noire. Symbole de la grandeur noire (« black grandeur and enterprise »). Financé par les actions vendues aux membres de l’UNIA (5 dollars par action). Trois navires achetés, dont le SS Yarmouth (navire amiral). Mais : mauvaise gestion, corruption, réparations coûteuses. Banqueroute en 1922. Source : National Archives Garvey, Wikipedia Black Star Line, PBS Garvey Black Star Line.

La Black Star Line : trop de pouvoir économique pour les Noirs

La Black Star Line (1919-1922) : des Noirs qui possèdent leurs propres navires. Des Noirs qui font du commerce entre l’Amérique, les Caraïbes et l’Afrique. Des Noirs qui créent leur propre économie, indépendante du capitalisme blanc. C’est une menace directe pour le système colonial, pour le capitalisme blanc. Le FBI infiltre l’UNIA, arrête Garvey, le déporte. La Black Star Line fait faillite (1922). Le pouvoir blanc a gagné. Pas d’économie noire indépendante. Source : Provenance Africa Garvey FBI, PBS Garvey Black Star Line.

Garvey était-il une menace réelle pour l’Occident ? (FBI, déportation, répression)

Oui. Le Bureau of Investigation (ancêtre du FBI) infiltre l’UNIA. J. Edgar Hoover (directeur du FBI) veut déporter Garvey. Garvey est arrêté en 1922 pour fraude postale (vente d’actions de la Black Star Line). Condamné à 5 ans de prison. Déporté en Jamaïque en 1927. L’Occident ne veut pas d’un Noir qui prône l’indépendance économique noire. La Black Star Line est un symbole trop puissant : des Noirs qui possèdent leurs propres navires, leur propre commerce, leur propre économie. C’est une menace pour le système colonial, pour le capitalisme blanc. Source : Provenance Africa Garvey FBI, Captains Table Garvey FBI.

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Garvey faisait-il des affaires d’une minorité ou d’un camp ?

Garvey voulait créer une économie noire indépendante. Pas une économie intégrée au capitalisme blanc. Une économie communautaire, panafricaine. Le « Back to Africa » : retourner en Afrique, créer une nation noire. Pas s’intégrer aux États-Unis, mais créer sa propre nation. C’est ça qui dérange l’Occident : pas l’intégration, mais la séparation. Garvey ne veut pas s’intégrer. Il veut créer sa propre nation. Source : Marcus Garvey Museum Black Star Line, Afrik Garvey, Une Autre Histoire Garvey.

Haïlé Sélassié : l’empereur divinisé (mais loin d’être parfait)

Tafari Makonnen est couronné empereur d’Éthiopie le 2 novembre 1930. Il prend le nom d’Haïlé Sélassié Ier (« Puissance de la Trinité »). Les rastafaris voient ça comme l’accomplissement de la prophétie de Garvey. Mais Garvey n’a jamais explicitement soutenu Sélassié. Sélassié est empereur. Il a le pouvoir, l’argent, la légitimité royale. Mais il est loin d’être parfait. Famines. Esclavage. Autoritarisme. Un tyran divinisé. Source : Wikipedia Haïlé Sélassié, Face2FaceAfrica Selassie.

Les famines cachées : 300 000 à 500 000 morts sous son règne

Famine du Wollo (1972-1975) : 300 000 morts cachés par le gouvernement. Famine du Tigré (1958) : 100 000 morts. Le gouvernement minimise l’ampleur des catastrophes pour des raisons politiques. Les politiques agricoles et économiques contribuent à créer les famines. Sélassié ne fait rien. Il laisse mourir son peuple. Source : AAU Famine Ethiopia, Le Monde Famine Éthiopie, Wikipedia Wollo Famine.

L’esclavage en Éthiopie : aboli seulement en 1942

Garvey critique Sélassié : « It is preferable for the Abyssinian Negroes and the Negroes of the world to work for the restoration and freedom of the country without the assistance of Selassie, because at best he is but a slave master ». L’esclavage n’est aboli en Éthiopie qu’en 1942 (sous pression internationale). Garvey : « What right has the Emperor to keep slaves when all the democratic sections of the world were free? » (1937). Sélassié est un maître d’esclaves. Pas un libérateur. Source : Face2FaceAfrica Garvey critique Selassie, UWE Repository Garvey Selassie.

Le mode de vie fastueux de la cour impériale

Critiques sur le mode de vie fastueux de la cour impériale. En dépit de la malnutrition chronique et des famines. Le gouvernement éthiopien de Meles Zenawi refuse les funérailles d’État (1975). Critique le souverain pour l’oppression et la brutalité durant 45 années de règne. Sélassié vit dans le luxe. Son peuple meurt de faim. Source : Wikipedia Haïlé Sélassié funérailles, Africanews Héritage controversé.

Haïlé Sélassié et la franc-maçonnerie : un empereur entre deux mondes

Il faut attendre l’avènement du ras Tafari (futur Haïlé Sélassié) pour qu’une loge apparaisse à Addis-Abeba. Loge formée par des Européens (pas des Éthiopiens). Mais le futur Haïlé Sélassié, protégé par son attachement à l’Église copte, ne s’y intéresse pas vraiment. Un empereur entre deux mondes. Chrétien copte. Mais entouré de francs-maçons européens. Source : CNRS Franc-maçonnerie Éthiopie.

Les décorations européennes : un empereur intégré au système colonial

Sélassié reçoit des décorations européennes : Ordre de la Jarretière (UK), Ordre de Charles III (Espagne). Membre de la Société des Nations (1923). Un empereur noir intégré au système colonial blanc. Il reçoit des décorations des puissances coloniales. Il est membre de la Société des Nations. Il fait partie du système. Pas de la révolution. Source : Wikipedia Haile Selassie décorations.

Les alliances de Sélassié avec l’Europe : un empereur « de mèche » avec les puissances coloniales

Sélassié est trahi par l’Europe quand Mussolini envahit (1935). La France et le Royaume-Uni autorisent Mussolini à occuper l’Éthiopie en échange de son engagement à contenir Hitler. Sélassié est un pion. Un empereur noir utilisé par les puissances coloniales blanches. Il croit être leur allié. Mais il est leur outil. Source : Lutte Ouvrière Italie Éthiopie.

La fuite en Angleterre (1936) : un empereur en exil

Sélassié fuit en Angleterre (Bath) en 1936. Il y reste jusqu’en 1941. Garvey le critique : « a great coward ». Sélassié est un lâche. Il fuit son peuple. Il laisse son pays à Mussolini. Il revient quand les Alliés gagnent. Pas quand son peuple souffre. Source : Wikipedia Haïlé Sélassié exil, Face2FaceAfrica Coward.

La relation conflictuelle Garvey-Sélassié (1937) : quand le prophète était en colère contre l’Empereur

1937. Garvey critique violemment Sélassié dans The Blackman. Sélassié s’installe à Bath (UK) pour rallier du soutien contre Mussolini. Garvey : Sélassié rate l’opportunité de galvaniser la diaspora africaine. Moment difficile dans l’histoire rastafari et panafricaine. Garvey attaque l’Empereur pour ne pas avoir galvanisé le soutien de la diaspora africaine. Sélassié est un lâche. Un traître. Pas un prophète. Source : UWE Repository Prophet Angry, Face2FaceAfrica Coward.

L’Ethiopian World Federation : l’héritage aligné

Sélassié et Dr Malaku Bayen fondent l’Ethiopian World Federation (depuis Bath). Énergise directement le mouvement rastafari nouvellement fondé en Jamaïque. Générations plus tard, on voit que les buts et impacts de Garvey et Sélassié se sont alignés. Mais Garvey est mort. Sélassié est vivant. Et les rastafaris choisissent Sélassié. Pas Garvey. Source : UWE Repository Ethiopian World Federation.

Qui a créé les prophéties, Jah, les conditions, l’élu ? (Leonard Howell, pas Garvey)

Les prophéties rastafaris viennent de la Bible (Psaume 68:31) : « Princes shall come out of Egypt; Ethiopia shall soon stretch out her hands unto God ». Garvey reprend cette prophétie biblique en 1920 : « Look to Africa, when a black king shall be crowned, for the day of deliverance is near ». Mais Garvey ne dit pas QUEL roi noir. Il parle d’un roi en général. Leonard Howell interprète ça comme Sélassié (couronné en 1930). Howell crée le livre fondateur du rastafarisme : The Promised Key (1933). Howell définit Jah, les prophéties, les conditions, l’élu : Sélassié est le Messie noir, la rédemption des Africains exilés. Source : Sciences Po Prophéties Rastafari, Sacred Texts The Promised Key, RE:ONLINE Rastafari Scriptures.

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Jah : contraction de Jehowah, Dieu des Noirs

Jah est une contraction de Jehowah (Yahvé en hébreu). Pour les rastafaris, Jah est le Dieu des Noirs, pas le Dieu des Blancs. La Bible est réinterprétée comme s’adressant spécifiquement aux descendants d’esclaves noirs. Leur déportation est assimilée à celle des Juifs à Babylone. Sélassié est descendant de la Reine de Saba, donc légitime bibliquement. Source : Revue Conflits Rastafari Jah, ESMA Paris Rastafari.

Les conditions pour être l’élu : noir, roi, couronné en Afrique

Les conditions pour être l’élu : être noir, être roi, être couronné en Afrique. Sélassié est noir. Roi (empereur). Couronné en Éthiopie (Afrique) le 2 novembre 1930. Son titre : « By the Conquering Lion of the Tribe of Judah, His Imperial Majesty Haile Selassie I, King of Kings, Lord of Lords, Elect of God ». Garvey ne remplit pas ces conditions. Il est Jamaïcain (pas Africain). Il n’est pas roi. Il n’est pas couronné. Sélassié remplit toutes les conditions. Il est l’élu parfait pour les rastafaris. Source : Imprimis Systems Rastafari, Rastafari Movement Jamaica Howell.

Pourquoi Garvey n’est pas l’élu ? (Jamaïcain, pas Africain, pas roi, pas couronné)

Garvey est Jamaïcain. Sélassié est Éthiopien. Pour les rastafaris, l’Éthiopie est la terre biblique, la terre de Sion. La Jamaïque est la terre de l’exil, de Babylone. Un prophète noir doit venir d’Afrique, pas des Caraïbes. Garvey est trop « occidental », trop « américain », trop « déporté ». Sélassié est « pur », « africain », « biblique », « descendant de Salomon ». Source : Études Caribéennes Rastafari, The Cultural Me Rastafari.

Leonard Howell : le vrai fondateur du rastafarisme (et sa répression)

Leonard Percival Howell (1898-1981) est le vrai fondateur du rastafarisme. Il prêche la divinité de Sélassié dès 1932. Arrêté en décembre 1933 pour sédition. Condamné à 2 ans de travaux forcés en mars 1934. Le juge Robert William Lyall-Grant est rappelé du Nyasaland (Malawi) spécialement pour le procès. Howell est vu comme « subversif » et « con man » par les autorités coloniales. Entre 1934 et 1939, il est emprisonné 3 ans dont 1 an à l’hôpital psychiatrique de Bellevue. Source : Wikipedia Leonard Howell, Brill Suppression Howell, Le Monde Howell.

Le rastafarisme : une menace pour le pouvoir colonial blanc

Howell prêche : allégeance à Sélassié, pas au roi d’Angleterre Georges V. Dans la Jamaïque de 1934, reconnaître l’autorité d’un empereur noir, c’est refuser celle du roi blanc. Howell est arrêté pour sédition, pas pour religion. Les planteurs et les églises envoient des « preuves » au secrétaire colonial. Arrestation autorisée le 31 décembre 1933. Howell est jugé en mars 1934, condamné à 2 ans de prison. Source : Jamaica Observer Police Rastafari, Jeune Afrique Howell.

Garvey critique le rastafarisme : « une religion de fous »

Garvey sait que le rastafarisme existe. Mais il le critique : « a religion of fools ». Garvey ne veut pas être associé au rastafarisme. Il critique Sélassié : « a great coward », « slave master ». Garvey veut une indépendance politique, pas une religion. Les rastafaris veulent un Dieu, pas un politique. Source : Wikipedia Rastafari Garvey, Études Caribéennes Garvey Rastafari.

Une religion, pas une économie : le choix du pouvoir blanc

Les détenteurs du pouvoir (blanc, colonial, capitaliste) préfèrent une religion à un système économique noir. Une religion, ça ne menace pas le capitalisme. Ça endort les masses. Un système économique noir, ça menace directement le capitalisme blanc. Garvey veut créer une économie noire indépendante (Black Star Line, UNIA, commerce noir). Sélassié est un empereur, un roi, un symbole religieux (Jah). Les rastafaris prient Sélassié. Ils ne créent pas d’économie noire. Le pouvoir blanc préfère des Noirs qui prient. Pas des Noirs qui possèdent. Source : Études Caribéennes Rastafari religion, The Cultural Me Rastafari capitalisme.

Le rastafarisme : une spiritualité qui ne menace pas le système

Le rastafarisme prêche la spiritualité, pas l’économie. « Jah est notre Dieu », pas « Noirs, possédez vos propres navires ». Les rastafaris fument du ganja, prient Jah, attendent le retour en Afrique. Ils ne créent pas de compagnies maritimes, de banques, de commerces noirs. Garvey veut des Noirs propriétaires. Les rastafaris veulent des Noirs spirituels. Le pouvoir blanc préfère des Noirs spirituels. Pas des Noirs propriétaires. Source : Wikipedia Mouvement rastafari, Jeune Afrique Howell spiritualité.

Pourquoi Garvey n’a pas eu le prestige qu’il aurait dû ?

Garvey a les idées. Sélassié a le pouvoir. Garvey est déporté. Sélassié est couronné. Garvey meurt dans l’oubli (1940). Sélassié est divinisé. Pourquoi ? Parce que le pouvoir attire. Pas les idées. Parce que les gens veulent un roi. Pas un militant. Parce que les artistes rastafaris choisissent Sélassié. Pas Garvey. Source : Renegade Expressions Garvey vs Selassie.

La concurrence de Sélassié : un empereur vs un militant

Sélassié est empereur. Garvey est militant. Sélassié a le pouvoir, l’argent, la légitimité royale. Garvey a les idées, la vision, mais pas le pouvoir. Les gens sont attirés par le pouvoir. Pas par les idées. Sélassié gagne. Garvey perd. Source : Renegade Expressions Garvey Selassie.

Les artistes et influenceurs qui ont détourné l’attention

Les artistes rastafaris (Bob Marley, Peter Tosh, etc.) divinisent Sélassié. Pas Garvey. Pourquoi ? Sélassié est plus « exotique », plus « royal », plus « divin ». Garvey est trop politique, trop militant, trop radical. La musique rastafari parle de Jah (Sélassié), pas de Garvey. Source : Face2FaceAfrica Rastas Deifying.

Pourquoi Sélassié a été divinisé (malgré ses crimes) ?

Sélassié est couronné en 1930. Couronnement fastueux, couvert par les médias internationaux. Il se présente comme le descendant de Salomon et de la reine de Saba. Légitimité biblique, divine, impériale. Les rastafaris voient ça comme l’accomplissement de la prophétie. Sélassié résiste à Mussolini (1935-1941). Devient un héros anti-colonial. Discours à la Ligue des Nations (1936) : « It is us today. It will be you tomorrow. » Symbole de la résistance noire contre le colonialisme blanc. Mais c’est un symbole. Pas un prophète. Source : Wikipedia Haïlé Sélassié couronnement, Wikipedia Haïlé Sélassié Mussolini.

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La musique rastafari : Bob Marley, Peter Tosh et la divinisation de Jah

Bob Marley, Peter Tosh, Burning Spear, etc. divinisent Sélassié. Chansons : « Iron Lion Zion », « Selassie I », « Jah Live », etc. La musique rastafari diffuse l’image de Sélassié comme Dieu. Pas Garvey. Trop politique. Pas assez spirituel. Source : Face2FaceAfrica Rastas Music.

Mais il faut aussi relativiser. Cette affaire est complexe, oui. Mais elle montre aussi que des citoyens peuvent comprendre. Que des alternatives existent. Et que la transparence est possible. La colère est légitime. Mais elle ne doit pas nous avaler. Mieux vaut rester lucide, malin, et continuer à chercher la vérité sans se laisser détruire par le dégoût. Parce que c’est comme ça qu’on avance. Pas en se résignant. Pas en se culpabilisant. Mais en comprenant. Et en agissant.

FAQ : Marcus Garvey vs Haïlé Sélassié : ce qu’il faut savoir

Cette partie résume les points clés, sans confondre les faits, les hypothèses et les théories.

  • Marcus Garvey a-t-il prophétisé Haïlé Sélassié ? Non. Garvey a dit « Look to Africa, when a black king shall be crowned », mais n’a jamais explicitement désigné Sélassié. Il parlait d’un roi noir en général.
  • Haïlé Sélassié a-t-il causé des famines ? Oui. Famine du Wollo (1972-1975) : 300 000 morts cachés. Famine du Tigré (1958) : 100 000 morts. Son gouvernement a minimisé l’ampleur des catastrophes.
  • L’esclavage a-t-il été aboli sous Sélassié ? Oui, mais tardivement. L’esclavage n’est aboli en Éthiopie qu’en 1942, sous pression internationale. Garvey critiquait Sélassié comme « slave master » en 1937.
  • Garvey a-t-il critiqué Sélassié ? Oui. En 1937, Garvey critique violemment Sélassié dans The Blackman. Il l’appelle « a great coward » pour sa fuite devant Mussolini.
  • Garvey était-il franc-maçon ? Oui, mais il a quitté. Garvey était membre de Prince Hall Freemasonry, mais a créé sa propre « franc-maçonnerie noire » au sein de l’UNIA. Il a quitté la franc-maçonnerie traditionnelle car « he was always too busy ».
  • Sélassié était-il franc-maçon ? Entouré, mais pas membre. Une loge maçonnique apparaît à Addis-Abeba sous son règne, formée par des Européens. Mais Sélassié, protégé par son attachement à l’Église copte, ne s’y intéresse pas vraiment.
  • Qui a créé le rastafarisme ? Leonard Howell, pas Garvey. Howell prêche la divinité de Sélassié dès 1932, écrit The Promised Key (1933), définit Jah, les prophéties, les conditions, l’élu (Sélassié).
  • Pourquoi Garvey n’est pas l’élu ? Jamaïcain, pas Africain, pas roi, pas couronné. Les conditions pour être l’élu : être noir, être roi, être couronné en Afrique. Garvey est Jamaïcain (pas Africain), pas roi, pas couronné. Sélassié remplit toutes les conditions.
  • Garvey était-il une menace pour l’Occident ? Oui. Le FBI infiltre l’UNIA, arrête Garvey (1922), le déporte (1927). La Black Star Line (économie noire indépendante) est une menace directe pour le capitalisme blanc.
  • Pourquoi le pouvoir blanc préfère Sélassié à Garvey ? Religion vs économie. Le pouvoir blanc préfère une religion (rastafarisme) qui endort les masses, pas une économie noire indépendante (Black Star Line) qui menace le capitalisme blanc.

Pour vérifier, consulte les sources dans l’article.

FAQ : les alliances de Sélassié, la répression de Howell, et l’oubli de Garvey

Le dossier Garvey vs Sélassié est complexe justement parce qu’il mêle politique, religion, économie et géostratégie. Voici les raisons principales.

  • Sélassié était-il allié de l’Europe ? Oui. Membre de la Société des Nations (1923), décorations européennes (Ordre de la Jarretière, Ordre de Charles III). Mais trahi par l’Europe quand Mussolini envahit (1935).
  • La France et le Royaume-Uni ont-ils trahi Sélassié ? Oui. Ils autorisent Mussolini à occuper l’Éthiopie en échange de son engagement à contenir Hitler. Sélassié est un pion dans le jeu européen.
  • Leonard Howell a-t-il été réprimé ? Oui. Arrêté en décembre 1933 pour sédition, condamné à 2 ans de prison en mars 1934. Emprisonné 3 ans entre 1934 et 1939, dont 1 an à l’hôpital psychiatrique de Bellevue.
  • Le rastafarisme était-il une menace pour le pouvoir colonial ? Oui. Howell prêche allégeance à Sélassié, pas au roi d’Angleterre Georges V. Dans la Jamaïque de 1934, reconnaître l’autorité d’un empereur noir, c’est refuser celle du roi blanc.
  • Pourquoi Garvey a-t-il été déporté ? Répression politique. Garvey est arrêté en 1922 pour fraude postale, condamné à 5 ans, déporté en Jamaïque en 1927. Les États-Unis ne veulent pas d’un Noir qui prône l’indépendance économique noire.
  • Pourquoi Sélassié a-t-il été divinisé par les rastafaris ? Symbole puissant. Couronnement fastueux (1930), résistance contre Mussolini (1935-1941), discours à la Ligue des Nations (1936). Bob Marley et les artistes rastafaris ont diffusé son image comme Jah (Dieu).
  • Garvey a-t-il influencé Malcolm X ? Oui. Le père de Malcolm X est un adepte convaincu de Garvey. Malcolm X dit : « the image of [his father] that made me proudest was his crusading and militant campaigning with the words of Marcus Garvey ».
  • Faut-il être en colère contre Sélassié ? Non. Mieux vaut rester lucide et malin. Comprendre pourquoi Sélassié a été divinisé. Et choisir ses héros en conséquence. Garvey a eu les idées. Sélassié a eu le pouvoir. Et l’histoire a choisi le pouvoir. Pas les idées.

Le plus sain reste de croiser les sources, de vérifier les publications et de refuser les raccourcis. C’est comme ça qu’on évite de se faire embarquer par une narration trop belle pour être vraie.