Alstom: chronique d’un démantèlement français et d’une souveraineté sacrifiée

MAJ: 01/08/25

L’histoire de la vente du pôle énergie d’Alstom au groupe américain General Electric (GE) n’est pas une simple transaction commerciale.
C’est une suite d’événements où se mêlent pressions internationales, choix politiques discutables et perte d’atouts industriels essentiels pour la France.
Pour le grand public, comprendre cette affaire, c’est mettre en lumière les liens entre politique, économie et souveraineté, mais aussi entre ambitions personnelles et intérêts nationaux.

Un indicateur de corruption qui se dégrade

Avant même d’entrer dans le détail, il faut rappeler un contexte: selon Transparency International, la France occupe la 25e place mondiale en matière de perception de la corruption, loin derrière d’autres pays européens.
Cela ne mesure pas la corruption réelle, mais le ressenti d’experts, de chefs d’entreprise et d’analystes.
Cette chute traduit un affaiblissement de la confiance dans la capacité des pouvoirs publics à protéger l’intérêt général (source Transparency).

L’affaire Alstom illustre parfaitement cette perception : des décisions prises au sommet de l’État, un manque de transparence et un sentiment d’impunité pour les acteurs impliqués.
Les privatisations et cessions stratégiques sont souvent présentées comme inévitables alors qu’elles peuvent répondre à des logiques opaques.

2013: l’arrestation qui change tout

Frédéric Pierucci, cadre dirigeant d’Alstom et responsable de la division « chaudières », gère depuis Singapour des contrats internationaux d’envergure.
En avril 2013, le FBI l’arrête à New York, l’isole et l’inculpe pour corruption supposée dans un dossier indonésien des années 2000.
Il apprendra ensuite que sa détention sert aussi de levier dans une guerre économique visant à destabiliser Alstom (source France Soir).

Ces méthodes relèvent de l’extraterritorialité du droit américain, qui permet aux États-Unis d’imposer leur justice à des entreprises étrangères dès lors qu’une transaction transite par leur système financier ou leur territoire.
Dans ce cas précis, la procédure fragilise Alstom au moment où General Electric convoite déjà ses activités.

Une vente stratégique… pour les autres

Dès fin 2012, Emmanuel Macron, alors secrétaire général adjoint de l’Élysée, commande secrètement un rapport au cabinet A.T. Kearney pour préparer un scénario de cession.
Le but : permettre au principal actionnaire, Bouygues, de se désengager. Le schéma retenu prévoit la vente des activités énergie à GE et celles du ferroviaire à Siemens.

En 2014, la transaction est officialisée.
Pourtant, GE n’est déjà plus l’entreprise industrielle de référence qu’elle fut : lourdement endettée, marquée par le scandale des subprimes, elle agit désormais comme une structure financière cherchant à optimiser ses leviers d’influence avec Washington.

Pour Olivier Marleix, alors président de la commission d’enquête parlementaire, la similitude entre la liste des banques et cabinets impliqués dans la cession et celle des grands donateurs de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron est troublante (source vidéo).
On retrouve banquiers, avocats et communicants ayant conseillé sur la vente et soutenu financièrement le futur président.

Des conséquences lourdes pour la souveraineté française

Les turbines Arabelle, conçues à Belfort et utilisées pour les centrales nucléaires, passent sous pavillon américain.
Leur contrôle commande (ALSPA) est remplacé par le système propriétaire Mark de GE, plaçant chaque exportation future sous validation des États-Unis.

Dans l’éolien en mer, le gaz et l’hydraulique, le constat est similaire : fermetures, suppressions de postes, perte de compétences.
Depuis 2019, la France ne produit plus de turbines hydrauliques.
C’est une érosion lente mais irréversible de notre patrimoine industriel.

Le rachat EDF : un retour sous conditions

En 2021, Bruno Le Maire annonce un plan pour « sécuriser » les turbines Arabelle.
EDF rachète en 2024 la branche nucléaire de GE, incluant ces turbines, mais conserve une dépendance technologique au logiciel américain et à ses futures mises à jour.
Autrement dit, la France paie pour récupérer un savoir-faire qu’elle ne contrôle plus entièrement.

Ce que révèle l’affaire

L’histoire Alstom-GE illustre un problème récurrent : la vision à court terme des dirigeants, la faiblesse des garde-fous stratégiques et l’influence d’intérêts privés dans des choix engageant l’avenir national.
Comme le souligne Marleix : « Macron a menti aux Français en affirmant ne pas avoir eu à connaître du dossier alors qu’il l’a signé ».

Cette affaire n’est pas un cas isolé. Alcatel, Technip, STX… autant d’exemples où des fleurons industriels français sont passés sous contrôle étranger, souvent dans la discrétion et l’absence de débat public.

Un avertissement démocratique

Derrière les chiffres et les rapports, cette affaire parle de souveraineté et de transparence.
Elle pose une question simple: qui décide vraiment de l’avenir de nos industries ?
Et surtout, dans l’intérêt de qui ?

Comprendre cette vente, c’est aussi comprendre pourquoi la France recule dans les classements internationaux en matière de gouvernance perçue.
C’est refuser l’idée que la souveraineté puisse être une variable d’ajustement dans des négociations d’arrière-couloir.
Ces choix façonnent notre avenir, souvent de façon irréversible.

Pour le citoyen, s’informer sur des dossiers comme celui d’Alstom, c’est exercer son droit de regard et exiger des comptes.
C’est rappeler que derrière des décisions techniques et économiques, il y a toujours des enjeux politiques et humains qui nous concernent tous.

 

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